Histoire de groupes, histoire de flair…
Au tout début des années 60, passé le choc ressenti en découvrant Elvis, Eddie Cochran et, forcément, Jo-Jo Hallyday, j’avais entamé une histoire d’amour sans limite. Pour les groupes de rock. Ce fut d’abord Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, Cliff Richard and the Shadows. Mais j’avais eu un flair particulier pour repérer le son des Chats Sauvages et la voix chaude de Dick Rivers. Quelques mois plus tard, j’ai eu la chance, en faisant partie des Aiglons, seul groupe suisse à se hisser parmi les vedettes du rock, de confirmer mes choix. Avec mes copains Léon, Laurent, Jean-Marc, Antoine et Oreste dit «Cookie», nous avons tourné plusieurs semaines en compagnie des «Chats», beaucoup plus professionnels que nous. Pour moi, en particulier, le batteur «Dédé» Ceccarelli fut un exemple à suivre, dont je me suis inspiré. Il devint par la suite l’un des meilleurs batteurs de jazz en France…
Arriva ensuite la déferlante britonne. Après avoir digéré Beatles, Stones et autres Kinks, un pote parisien me fit écouter un truc qui me dressa les poils. Un ou deux mois avant mes amis lausannois, je découvris ainsi les Animals et leur bientôt légendaire pénitencier. Avant de m’encoubler dans le sabbath d’Ozzy, la fumée montreusienne de Deep Purple ou les riffs graisseux du Quo…
Pour en revenir à la Suisse et aux groupes, 50 ans plus tard, j’ai l’impression de toujours vouer un vrai culte aux bandes de rockers. Notre pays a donné naissance à de nombreuses formations aux techniques remarquables. Elles n’offrent pas toujours une grande originalité mais savent créer l’ambiance festive et enthousiaste que j’attends en écoutant cette musique qui me colle à la peau depuis mes seize ans.
En tête du cortège, j’admire évidemment la créativité admirable de Gotthard, dont l’identité tessinoise est devenue un peu vaudoise depuis l’arrivée de Nic Maeder, remplaçant du regretté Steve Lee. J’apprécie aussi la longévité des Argoviens de Krokus, dont la tenacité est née dans mes chères sixties. Mais mon fameux flair m’oriente vers un autre choix: celui de Shakra, un groupe bernois créé en 1998 dans … l’Emmental. Où cinq rockeux ont fait leur trou!
A Trub, un village lové entre les collines proches de Langnau i/E. et de la patinoire des légendaires "Tigers", Thom Blunier n’est pas seulement un virtuose de la gratte. Au sein de Shakra, il fait aussi office de producteur et travaille dans un studio où, avec son pote Thomas Muster et le chanteur Mark Fox, il pratique une sorte de joaillerie du rock’n’roll. En compagnie de Dominik Pfister (basse) et Roger Tanner (batterie). Sorti il y a un an, le dixième album studio de Shakra est resté 12 semaines au hit-parade suisse, trônant même pendant sept jours à la 2ème place et se plaçant également dans le Top 50 allemand. Ces garçons, qui frisent ou dépassent aujourd’hui la cinquantaine, ont su garder intact le choix de leurs adolescences.
Au travers de la musique, le blues, le rock, la basse au ventre et les riffs dans la peau, le peuple des bergers est libre sur sa terre. Salut Sämme…