----. Rockstar des Sixties, Vince Taylor a eu trois carrières : la première dans son pays d’origine la Grande-Bretagne, la deuxième en France grâce à Eddie Barclay et la troisième dans l’obscurité. Né en 1939, il est mort 52 ans plus tard à Lutry (VD/Suisse), victime d’un cancer des os, que son corps accumula au fil d’une vie de dingue, ponctuée par trop d’abus, d’alcool, de drogues, de mauvaises rencontres sources de désillusions… Pour que la tragique destinée de Vince ne reste pas inconnue, Tata Youyou a retrouvé plusieurs traces du rocker. Parmi celles-ci, un film «scopitone» enflammé où Vince, 22 ans, interprète une version magique du «Twenty Flight Rock» d’Eddie Cochran et le «Shaking all over» de Johnny Kidd, accompagné par ses non moins magiques Playboys (Harvey/Vance/LeClaire/Clarke).
Vingt ans plus tard, on retrouve un Vince encore vert à la quarantaine, pour un mini concert à l’Empire de Paris (19’ 51’’) au cours duquel il interprète quelques « classics » comme «C’mon everybody», «Blueberry Hill», «Long Tall Sally», «Hound Dog», «Money Honey», «Sweet Little Sixsteen» et notamment «Brand New Cadillac», l’unique chanson qu’il composa lui-même en 1958 et que les Clash ont repris en 1979 (disques Columbia) dans leur album «London Calling», que tout bon rocker (soit dit en passant) devrait avoir dans sa discothèque. Voilà.
Vingt ans plus tard, Mister Taylor tenta des retours helvétiques avec les Lausannois de Rockstalgy (Graz/Sissener/Pasche/Ottino/Schlatter), lors de petits concerts au Festival de la Cité, au «Black Out» (photo/pl. Centrale, Lausanne) et au «Funny Hell», un dancing situé en face de la gare du chef-lieu vaudois… Mais pour une fois, la maxime qui veut que ce soit dans les vieilles marmites que l’on confectionne la meilleure soupe… se révéla aussi fausse que trompeuse. Elle eut même un goût amer…
Pour Vince, le vent avait tourné…
----. James Georges dit «Jimmy» Nicol a joué plusieurs fois avec les Beatles, pour prendre la place de Ringo Starr, victime en 1964 d’une appendicite et hospitalisé peu avant une tournée.. «Remplacer Ringo a été une des pires expérience dans ma vie !» a déclaré le batteur britannique, né le 3 août 1939 à Londres. Il prit aussi place aux drums des Fab Four à l’occasion du tournage d’un clip pour la TV. Son passage au sein du plus grand groupe de rock du monde ne lui a pourtant pas laissé un souvenir impérissable. A tel point que sa carrière musicale ne fut pas exemplaire et qu’il l’abandonna assez vite, après avoir joué dans un groupe nommé Shubdubs, rapidement tombé en faillite. Jimmy devient d’abord peintre puis charpentier ou décorateur d’intérieur au Mexique. De retour au pays, il resta dans l’ombre, même s’il joua avec un clownage des Spotnik’s. On dit qu’il inspira une chanson à Paul McCartney, «Getting better» («çà s’améliore»), pour l’album «Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band». Mais on dit tant de choses…
----. Le patronyme «Harris» dans les contrées anglo-saxonnes, c’est comme les «Favre» dans le district d’Echallens (VD/Suisse) : on secoue une poubelle… il en tombe une ribambelle. Tata Youyou n’a donc eu aucune peine en dénicher deux exemples, version dames, dans l’histoire de le musique moderne américaine : Déborah Harris, dite «Blondie» et Emmilou Harris, reine de la country. La première, vêtue d’une mini robe à raz le portchia (comme on dit du côté de Biolay-Orjulaz/VD), accompagnée par une solide bande de guitaristes équipés de Fender électriques, chante son succès planétaire «Heart of Glass» et la seconde, robe longue de soirée, timidité à peine rentrée, rend hommage à un pionnier du rock, Chuck Berry (1926-2017), en grattant une énorme guitare et en chantant «You never can tell». Tout cela est charmant…
----. Pour faire une balance francophone, je tombe cette nuit sur une vidéo des Charlots» sur scène. Un endroit où ils furent excellents, contrairement à leur nullité navrante au cinéma. Le regretté Gérard Rinaldi et ses potes (Luis Rego, Jean Sarrus et Gérard Filipelli) chantent «Paulette», un de leur tube à base d’amour et de paupiettes de veau, dans une ambiance franco-fandango-espagnole qui mérite son kilo de castagnettes.
----. Mais trêve d’optimisme ! Tout le monde ne partage pas de sentiments heureux. Si le souvenir des sixties est toujours synonyme d’enthousiasme, la vie du IIIème millénaire commence à faire douter les artistes du présent. Parmi eux Gauvain Sers, Limousin de 35 ans, casquette vissée sur la tête, triture les cordes de sa guitare et se lamente au sujet de notre avenir. Il est ingénieur de formation mais traverse le showbizz depuis qu’il fit en 2016 la première partie du spectacle de son ami Renaud. Il a réalisé huit albums dont certains ont reçu des prix. Dans une chanson publiée par Tata Youyou, «Si tu voyais grand-mère… », il m’a filé des frissons en cette année de trêve olympique, car il martèle que la Planète des Hommes marche sur la tête et renoue avec un passé sombre. Où sont passées les belles leçons de vie chantée par Brel, Ferrat, Brassens. Le grand Jacques avait pourtant chanté en 1967 : « Les adultes sont tellement cons… »? Gauvain confirme…