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Tata you dans l'insomnie chapitre... siebzah (17 en Appenzell/RI)

 

 

---- .Déjà 16 ans : La publication de mon deuxième livre de souvenirs et de chroniques sixties. Combien êtes-vous à avoir lu «Diabolo Rock» (éditions Slatkine/2008) et surtout à avoir garder en mémoire les quelques propos que j’y étalais? Vous voulez un exemple ? Voici l’une de ces histoires que j’ai aimé vous présenter. C’est à la page125.

 

A Toulouse, un petit gavrochard, un peu voyou, un peu rock, nommé Joseph Holgado, décide de «monter à Paris» et d’inventer un groupe: «Ricky James». L’affaire capote (comme dirait Truman) car la concurrence est rude. Des «Chaussettes Noires» au «Play Boys de Vince Taylor», les places sont chères. Et déjà prises. Joseph, que tout le monde appelle «Ticky», ne renonce pas et se glisse dans les coulisses du showbizz… en devenant «roadie». Je fais sa connaissance lors d’une tournée des «Aiglons», avec Gene Vincent et les «Chats Sauvages» dont le chanteur Mick Shannon (ami de Ticky) a remplacé Dick Rivers. Holgado s’occupe avec ardeur de nos petits problèmes d’apprentis-vedettes. Je sympathise avec lui et le ramène à Lausanne lorsque la «Tournée Age Tendre» s’interrompt. Il logera à «L’hôtel de l’Ours» et prendra ses repas de midi chez mes parents qui habitent à 300 mètres. Mais un jour, un certain Claude François passe par Lausanne et Ticky rejoint son organisation qui cherche un homme-à-tout-faire. Je ne reverrais pas le jeune Toulousain. Qui deviendra plus tard le «larbin» du Taulier… Johnny Hallyday.

 

28 ans plus tard, Ticky a fait du chemin. Repéré comme acteur par plusieurs metteurs en scène connus, il obtient des seconds rôles de plus en plus proches du sommet. C’est normal : Ticky est jovial, amical, talentueux et promène un accent du sud-ouest tout à fait charmant, que l’on apprécie lorsqu’il finit ses phrases avec un «…cong…» savoureux. Il devient une vedette que la famille du cinéma et ses «Oscars» va récompenser plusieurs fois. Personnellement, je l’ai trouvé sensationnel et émouvant dans le rôle de «Crayon» le clochard, aux côtés de Richard Bohringer et Gérard Jugnot dans «Une époque formidable»…

 

Au début du 3ème millénaire, j’ai retrouvé mon Ticky, à l’occasion d’un voyage à Paris et d’une soirée-convention à la gloire des «Shadows», où j’étais invité comme lui au théâtre Bobino. Il n’avait pas changé. J’en ai profité pour lui demander quand il comptait me rendre le pullover en mohair que je lui avais prêté avant sa fuite de 1964. Il eut un sourire malicieux: «Content de revoir mon P’tit Suisse, me souffla-t-il avec son accent étonné… Tu as vu : je me suis mis à faire l’acteur ? » Toujours de bonne humeur, discret, il me révéla qu’il avait une maladie incurable en lui. «Je viendrai te voir à Lausanne un de ces jours», me lâcha Ticky au moment de se quitter. Il n’a pas pu réaliser cette promesse car il est mort un jeudi, le 22 janvier 2004. J’ai eu beaucoup de peine…

 

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