---- Le rock est une catégorie musicale qui évolue, tout en restant solidement installée dans ses principes de base: distraire tout en contestant. Du même coup, les vieux jeunes (ou les jeunes vieux) suscitent à la fois la curiosité, l’admiration ou le… mépris de n’avoir pas su prendre leur retraite. Il y a une quarantaine d’années, un journaliste lausannois, format jeune con, scribouillait: «… un bon rocker de 35 ans est un rocker mort».
Depuis lors, on a largement dépassé ce genre de réflexion idiote. Exemple : au Caribana Festival de Crans-près-Céligny, le trio de «old chaps» formé par le chanteur-bassiste Lemmy Kilmister (68 ans), Mikkey Dee (50), le batteur, et Phil Campbell (52), le guitariste, a paru «un peu mou» aux yeux des observateurs, plume à la main. Evidemment, à près de 70 balais, le grand provocateur anglais à chapeau de cow-boy ne pouvait plus avoir la forme du Mötöread qu’il forma dans les années 70. Il est d’ailleurs décédé quelques mois plus tard…
Comme Ian Gillian (né en 1945) et Deep Purple, Ozzy Osbourne (1948) et Black Sabbath, Paul McCartney (1942), Bruce Springsteen (1951), ZZ Top (1949) les Rolling Stones ou Status Quo, créés en 1962, la performance physique sur scène devient source de douleurs. Je peux vous le garantir. Heureusement, la jeune génération, curieuse, semble n’avoir pas du tout envie de voir les «dinosaures» disparaître du paysage rock and roll.
----. A chaque réunion d’anciens combattants du rock des sixties, cela ne rate pas : on me pose la question qui tue… Quel était le meilleur groupe français pionnier du genre en France aux côtés de Johnny Hallyday ? Par-dessus les célèbres «Chaussettes Noires», voici l’histoire du plus farfelu…
Au Golf Drouot comme dans les studios d’Europe No 1, il déambulait sapé comme un prince du 19ème siècle. Avec queue de pie et chapeau melon siouplaît… Il était suivi par Jérôme, son valet qu’il tenait en laisse et distillait des phrases d’une autre époque. Ce qui n’empêcha pas le Parisien Jean-Pierre «Hector» Kalfon, un mec un brin excentrique surnommé le «Chopin du twist» de pousser une moue dédaigneuse lorsque je lui affirmais, lors d’une rencontre dans les studios d’Europe No 1, jouer dans un groupe de rock venu de Lausanne. «Quoi !?...Vous connaissez le rock en Suisse ?» m’interrogea le cuistre avant de passer à l’émission «Salut les Copains».
Grand fan de Presley, Jerry Lee Lewis, Cochran, Chuck Berry et Buddy Holly, Hector, à l’image de son costard d’un autre âge, trimballa une solide réputation chez les yé-yés de Paris. Il a construit un groupe nommé les «Médiators», avec lequel il enregistrera plusieurs 45 tours. Il se produira sur des scènes prestigieuses, dont l’Olympia, sans trop convaincre son public à qui il vociférait un de ses tubes «Je vous déteste !». Comme réussite en matière de relations publiques, on a vu mieux.
Malgré cela, l’impudent «Chopin du Twist», au moment de poser son micro, trouvera de nombreuses occasions pour s’illustrer comme directeur artistique, de studio, et réussira même l’exploit de gagner un procès contre la firme de disques Philips. Il parviendra aussi à travailler avec quelques vedettes comme Mike Shannon (ex-Chats Sauvages), Jacques Villeret ou Jean Yanne. Il a rejoint Chopin, le vrai, le 19 février 2020, à l’âge de 74 ans…